Que des erreurs. Et les fonctionnaires encaissent.

C’était la fin du mois. Je viens à la banque pour vérifier mon compte et j’aperçois que mon salaire de janvier n’est pas viré. Le guichetier me dit d’appeler le service de solde à N’Djamena pour me renseigner. A la sortie de la banque, je trouve deux de mes collègues qui ont le même problème. Alors, je ne suis pas le seul. Une source proche du service concerné me fait savoir que nous sommes plus de 4600 fonctionnaires à ne pas avoir le salaire du mois de janvier. Tous ces fonctionnaires doivent se présenter à N’Djamena pour voir leurs situations, cas par cas. Pourtant, ils avaient la même chose il y a deux mois. Selon la même source, le travail était mal fait et doit donc être repris. Que des erreurs.

Conséquences : 1. Des nouvelles commissions sont mis sur pied pour retraiter les dossiers ; ce qui coûtera énormément de l’argent et du temps pour l’État. A-t-on coutume de dire « le malheur des uns fait le bonheur des autres ». 2. Les fonctionnaires qui passeraient des semaines, voire des mois, hors de leurs services pourraient réaliser beaucoup de choses le cas échéant.

Vous vous souvenez, en novembre dernier, nous avons publié un lien faisant état de plus de 10.000 fonctionnaires auraient été en « situation irrégulière » et beaucoup sont partis régulariser leur situation.

Des erreurs : La commission n’a pas rendu public son rapport mais je partage avec vous quelques situations : D’abord, la commission s’était trompée sur beaucoup de fonctionnaires et les a taxés à tort et à travers de double salaire. Moi par exemple, j’avais travaillé avec une ONG et j’avais cessé en 2009 quand j’avais réussi le concours de l’Infirmerie. Je suis intégré à la fonction publique en 2013 et comme la commission a trouvé mon dossier à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS), elle a affiché mon nom sans vérifier la date de cessation du contrat. Une erreur qui m’avait coûté un déplacement inutile et trois semaines hors de mon service. Pour certains qui étaient taxés de double matricule, c’est-à-dire qu’ils prennent deux ou plusieurs salaires dans des ministères différents, le problème est créé au niveau même du service de la solde : certains payeurs ont créé des noms fictifs avec des matricules existants et ouvrent des comptes bancaires avec d’autres noms. Ainsi, deux salaires sont versés chaque fin de mois à un même numéro matricule, une part va à l’intéressé et une deuxième part revient au payeur. Incroyable mais vrai. Comme l’on a l’habitude de dire, « l’impossible n’est pas tchadien ». J’ai vu des copies d’engagements signées par des payeurs pour rembourser l’argent qu’ils ont volé à l’État. Certaines ont même versé une partie au trésor public. Il y en a qui sont en situation irrégulière certes, mais certains irrégularités viennent de l’intérieur du système. C’est peut-être pour ça que la commission n’a pas voulu publier son rapport.

En tout cas, je dois me préparer pour parcourir près de 1000 kilomètres (x2) et je ne sais pas quand le retour.

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Hassan Abdoulaye
Hassan Abdoulaye Hassan, Tchadien, journaliste dans une radio communautaire, artiste-comédien, promoteur culturel, Infirmier Diplômé de l'État.

Commentaire (1)

  1. Guy MuyembeGuy Muyembe

    Dans bien de pays africains on a présenté la bancarisation de la paie des fonctionnaires comme le meilleure moyen d’empêcher la fraude. Ce qui n’est pas vrai. Courage à toi qui va faire plus de 1000 Km pour regulariser ta situation.

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