Covid-19 au Tchad : six semaines après

Article : Covid-19 au Tchad : six semaines après
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3 mai 2020

Covid-19 au Tchad : six semaines après

Je pense que nous n’avons pas assez fait pour prévenir et limiter la propagation du Covid-19. Vous le savez, mon pays a notifié son premier cas positif de coronavirus le 19 mars 2020. Et c’est plus de 6 semaines après qu’on planque un arrêté portant gestion des dépouilles consécutives au coronavirus. Entre temps, combien sont morts du Covid-19 ? Comment les dépouilles étaient-elles gérées ?

Aussi, c’est 6 semaines après qu’on prend une décision pour interdire les sacrifices. Où en est-on alors avec la distanciation physique et le non regroupement ?

En outre, c’est près de 6 semaines après qu’on forme les formateurs sur la maladie.

Pire encore, c’est 6 semaines après qu’on demande aux structures sanitaires privées de collaborer avec le ministère de la santé publique et référer « à compter de ce jour (30 mai) », les cas suspects de coronavirus. Combien de malades étaient admis dans ces structures privées et rentrés chez eux sans aucune précaution ?

Je mets en doute également notre système de surveillance de la maladie. Est-ce que tous les cas suspects sont dépistés ? Est-ce que tous les cas de décès sont notifiés du moment où la plupart des cas surviennent dans la communauté ? Je m’en doute fort.

Je me demande également si les frontières sont bien contrôlées. Je ne peux pas affirmer les dires selon lesquels certaines personnes glissent quelques choses pour traverser les frontières sans être contrôlées. Mais à la frontière Est qui se trouve à moins de 200  km d’où je vie, il existe un seul point d’entrée alors que certaines personnes entrent au pays clandestinement par d’autres.

Ces quelques exemples suffisent pour dire le coronavirus au Tchad n’était pas pris au sérieux au départ. Il n’était pas pris au sérieux d’autant plus que même certaines hautes personnalités ne respectent pas les gestes barrières. Je veux parler ici du ministre qui a giflé un gendarme parce qu’il lui a demandé de se laver les mains avant d’entrer à l’hémicycle. Combien sont-ils – comme lui – à ne pas respecter ces mesures de prévention. Il n’était pas pris au sérieux parce que le transport interurbain continue comme auparavant. Vous avez certainement écouté le cas du camion transportant une soixantaine de passagers qui a connu un accident de route faisant des victimes. Il n’était pas pris au sérieux parce que les malades du coronavirus sont visités, sachant tout le risque… Il n’était pas pris au sérieux parce que, pour moi, aucune (je dis bien aucune) mesure à part celle de la fermeture des établissements scolaires/universitaires et lieux de culte n’a été respecté.

Une fois encore, je pense que nous n’avons pas assez fait pour prévenir et limiter la propagation de la maladie.

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