Tchad : interdiction des motos, les conséquences sur la santé

Au Tchad, le président de la République a décrété un état d’urgence dans trois provinces, à savoir le Ouaddaï, le Sila et le Tibesti. Parmi les mesures prises figure l’interdiction de circuler à moto sur l’ensemble du territoire des trois provinces en dehors du périmètre urbain. Mais cette mesure affecte négativement certaines activités, y compris relatives à la santé des habitants.

En dehors des conséquences annoncées sur les ondes de RFI, la radio du monde, concernant la manière dont les motos sont arrachées par les forces de l’ordre à Goz Beida, je voulais citer ici une autre conséquence qui peut affecter même la vie des citoyens : celle sur la santé. C’est pourquoi je demanderais juste une autorisation spéciale de circuler aux agents de santé pour éviter le pire. D’abord, je vous explique l’enjeu. Je vous recommande d’aller jusqu’au bout de l’article pour bien comprendre.

J’ai participé le 19 août dernier à une réunion de monitorage des activités du programme élargie de vaccination (PEV) regroupant tous les 29 responsables des centres de santé du district sanitaire d’Abéché. Pour vous qui n’êtes pas de la santé, cette réunion consiste à voir le nombre d’enfants de zéro à onze mois vaccinés contre des maladies spécifiques par rapport au nombre attendu, pour la période de janvier à juillet 2019, analyser ces données et prendre des mesures en cas d’insuffisance.

Il ressort de ce monitorage que sur les 29 centres de santé, seulement sept sont au vert (avec une bonne couverture vaccinale), c’est-à-dire qui ont vacciné un nombre acceptable d’enfants par rapport au nombre attendu. Rien que pour le district sanitaire d’Abéché, il faudra vacciner un minimum d’environ 2 600 enfants chaque mois pour atteindre l’objectif d’ici la fin de l’année 2019. Ce nombre est réparti, bien évidemment, entre les 29 centres de santé que compte le district, parmi lesquels 20 sont dans les zones rurales. Je vous rappelle que la délégation sanitaire provinciale du Ouaddaï compte quatre districts sanitaires. Imaginez alors combien sera le gap pour toute la province !

Afin d’atteindre ce nombre, il a été recommandé aux responsables des centres de santé d’organiser des stratégies avancées. Il s’agit là de planifier et aller dans les villages et ferriques se trouvant au-delà de cinq kilomètres du centre de santé pour vacciner tous les enfants de zéro à onze mois et rechercher les perdus de vue, c’est-à-dire les enfants n’ayant pas fini leurs doses de vaccin. Les agents auront nécessairement besoin de motos pour faire ce travail. Ils ont besoin de motos pour aller dans les villages mais aussi et surtout pour venir jusqu’à Abéché pour chercher des vaccins, étant donné que seulement quatre centres de santé sur les 29 ont des frigos pour conserver les vaccins (les vaccins doivent être conservés entre +2 et +8°C).

Maintenant que les motos sont interdites de circuler, les indicateurs de la vaccination risquent de chuter davantage. Non seulement les agents ne peuvent pas rattraper les enfants non vaccinés, mais ils ne peuvent même pas continuer la vaccination des enfants qu’ils avaient commencés à vacciner. Sachant l’importance de la vaccination sur la prévention de beaucoup de maladies mortelles et invalidantes pour les enfants, comme la rougeole et la poliomyélite, cette décision peut avoir des graves conséquences sur la santé des enfants.

J’ai juste expliqué la situation du district sanitaire d’Abéché mais je suis certain que la situation est la même dans toutes les délégation sanitaires provinciales concernées par l’état d’urgence. Le risque immédiat est l’apparition des épidémies dans ces provinces. On ne le souhaite pas mais en cas d’épidémie, personne n’est épargné. Même vous qui êtes en train de lire cet article, surtout si vous êtes dans l’une de provinces concernées. Et avec la mobilité fréquente de la population, l’épidémie peut vous rattraper où que vous soyez. Afin d’éviter le pire, je demanderais tout simplement aux gouverneurs du Ouaddaï, de Sila et du Tibesti de délivrer une autorisation spéciale de circuler aux agents de santé leur permettant de faire ce travail. Si vous le faites, messieurs les gouverneurs, les enfants, leurs parents, les agents de santé et toute la population vous seraient très reconnaissants. Pensez-y !

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Hassan Abdoulaye
Hassan Abdoulaye Hassan, Tchadien, journaliste dans une radio communautaire, artiste-comédien, promoteur culturel, Infirmier Diplômé de l'État.

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