Archive mensuelles: février 2015

Le mariage précoce, une réalité au Tchad

Mariée à bas âge, la jeune fille dont je parle dans cet article n’a jamais gouté le bonheur de la vie conjugale. Aujourd’hui elle ne garde de ce mariage que les mauvais souvenirs.

Elle se souvient encore du jour où sa mère est venue lui annoncer la nouvelle de son mariage avec l’ami de son père, la cinquantaine, époux de deux autres femmes. Elle avait 14 ans révolus. « L’ami de ton père est un homme riche, responsable, généreux avec tous les membres de notre famille. Il fait partie de notre famille. Tu n’as rien à craindre… » Rassure la maman à sa fille, les larmes aux yeux ; une façon de la convaincre. Elle lui parle comme si elle a d’autre choix que d’accepter cette proposition, disons plutôt cette imposition. En effet, la gentille mère a essayé de s’imposer à ce mariage parce que sa fille est encore petite mais en vain. Le Chef de famille, le décideur a décidé. Trêve de la discussion. Il ne cherche que le bonheur de sa fille. En tout cas c’est ce qu’il pense… il a seulement oublié que c’est un mariage précoce.

Le mariage est célébré, la fille a eu quelques conseils de la sa mère et de ses tentes avant de rejoindre son foyer où l’attend une autre vie : la vie conjugale. Je m’en passe de détails et des difficultés que la jeune mariée a rencontré la nuit de noce, au cours de la « vie conjugale » et avec ses coépouses. Parce que ce n’est le but de cet article.

Le troisième mois suivant la noce, la jeune femme ne voit pas ses règles (aménorrhée) et commence à avoir de la nausée, hyper sialorrhée (elle crache partout), vertige et asthénie physique (fatigue). En notre terme, on parle des « signes sympathiques de la grossesse ». Elle porte en elle un bébé. Et c’est la fierté du mari et de toute la famille. Le ventre pousse peu à peu, la jeune femme surmonte tout grâce aux conseils de sa maman. Elle est enceinte, elle frôle les 15 ans, elle n’était jamais amenée dans une structure sanitaire pour des consultations prénatales (CPN). C’est une grossesse non suivie.

La grossesse est à terme. Ce jour, la future fille-mère commence à avoir des douleurs lombo-pelviennes à type des contractions utérines (parlons simple : elle a mal au ventre) depuis le matin. Les vieilles du village se regroupent autour d’elle et l’accoucheuse traditionnelle fait son travail de tout le temps pour accouchée la fille. La situation n’est si facile que cela. Malgré ses années d’expériences, l’accoucheuse la plus réputée de la zone échoue aujourd’hui. Après deux jours de tentatives, tout le monde décide de l’amener au centre de santé qui se trouve à 9 Km du village. Après examen, le responsable du centre l’évacue d’urgence à l’hôpital pour travail prolongé sur bassin limite. Au fait, le bassin de la jeune femme n’est pas encore développé, n’est pas encore prêt pour porter une grossesse. On parle de « disproportion fœto-pelvienne », toujours en notre terme.

A l’hôpital, elle était prise en urgence au bloc opératoire. Elle a subi une césarienne. Les chirurgiens sort un mort-né de 3500 grammes. Ce n’est pas tout. Etant donné que la tête de l’ « enfant » a compressé la vessie de la « mère » contre les os du bassin durant longtemps, certains tissus se sont nécrosés et la fille a alors connu une fistule vésicale. C’est-à-dire, les urines coulent par le vagin (excusez-moi le terme) et à tout moment, continuellement, sans contrôle. Le personnel a expliqué la situation à la famille et la fille doit subir une autre opération chirurgicale par un spécialiste de réparation de fistule.

Ayant appris la nouvelle, le mari de la malade fait entendre à ses beaux-parents qu’il est désolé et qu’il ne peut pas rester avec une femme qui ne peut pas retenir ses urines. Il la divorce alors qu’elle dans la salle de réveil. La fistule est réparable mais ce n’est pas son problème. « Il est riche, responsable, respecté… » Se rappellent les parents. Rien ne peut l’empêcher d’aller épouser une autre. De quel âge ? Dieu seul sait. La mère, pleurant, accuse le père qui semble avoir un regret pour ce qu’il a fait. Mais à quoi bon ?

Elle se souvient encore de tout cela parce que maintenant c’est fini pour elle. Réparée deux fois (après échec), elle continue toujours par boiter car la compression a lésé le nerf sciatique et aucun homme ne veut d’elle.

L’âge prévu pour le mariage au Tchad est 18 ans, beaucoup de fille sont données en mariage avant 15 ans au vu et au su de tout le monde, les conséquences sont là, connues de tous, les auteurs/contrevenants ne sont pas punis … la pratique continue et ce sont nos sœurs qui encaissent.

Le village des femmes de l’Hôpital Régional d’Abéché qui prend en charge les malades de fistule obstétricale a réparé des centaines de femmes depuis sa création en 2008. Aujourd’hui, une vingtaine de femmes attendent à être opérée.

Que des erreurs. Et les fonctionnaires encaissent.

C’était la fin du mois. Je viens à la banque pour vérifier mon compte et j’aperçois que mon salaire de janvier n’est pas viré. Le guichetier me dit d’appeler le service de solde à N’Djamena pour me renseigner. A la sortie de la banque, je trouve deux de mes collègues qui ont le même problème. Alors, je ne suis pas le seul. Une source proche du service concerné me fait savoir que nous sommes plus de 4600 fonctionnaires à ne pas avoir le salaire du mois de janvier. Tous ces fonctionnaires doivent se présenter à N’Djamena pour voir leurs situations, cas par cas. Pourtant, ils avaient la même chose il y a deux mois. Selon la même source, le travail était mal fait et doit donc être repris. Que des erreurs.

Conséquences : 1. Des nouvelles commissions sont mis sur pied pour retraiter les dossiers ; ce qui coûtera énormément de l’argent et du temps pour l’État. A-t-on coutume de dire « le malheur des uns fait le bonheur des autres ». 2. Les fonctionnaires qui passeraient des semaines, voire des mois, hors de leurs services pourraient réaliser beaucoup de choses le cas échéant.

Vous vous souvenez, en novembre dernier, nous avons publié un lien faisant état de plus de 10.000 fonctionnaires auraient été en « situation irrégulière » et beaucoup sont partis régulariser leur situation.

Des erreurs : La commission n’a pas rendu public son rapport mais je partage avec vous quelques situations : D’abord, la commission s’était trompée sur beaucoup de fonctionnaires et les a taxés à tort et à travers de double salaire. Moi par exemple, j’avais travaillé avec une ONG et j’avais cessé en 2009 quand j’avais réussi le concours de l’Infirmerie. Je suis intégré à la fonction publique en 2013 et comme la commission a trouvé mon dossier à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS), elle a affiché mon nom sans vérifier la date de cessation du contrat. Une erreur qui m’avait coûté un déplacement inutile et trois semaines hors de mon service. Pour certains qui étaient taxés de double matricule, c’est-à-dire qu’ils prennent deux ou plusieurs salaires dans des ministères différents, le problème est créé au niveau même du service de la solde : certains payeurs ont créé des noms fictifs avec des matricules existants et ouvrent des comptes bancaires avec d’autres noms. Ainsi, deux salaires sont versés chaque fin de mois à un même numéro matricule, une part va à l’intéressé et une deuxième part revient au payeur. Incroyable mais vrai. Comme l’on a l’habitude de dire, « l’impossible n’est pas tchadien ». J’ai vu des copies d’engagements signées par des payeurs pour rembourser l’argent qu’ils ont volé à l’État. Certaines ont même versé une partie au trésor public. Il y en a qui sont en situation irrégulière certes, mais certains irrégularités viennent de l’intérieur du système. C’est peut-être pour ça que la commission n’a pas voulu publier son rapport.

En tout cas, je dois me préparer pour parcourir près de 1000 kilomètres (x2) et je ne sais pas quand le retour.

Pour mieux vous informer!

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Depuis que j’ai créé ce blog, je n’ai pas parlé de mon travail, moins encore de moi. Je ne faisais que sauter sur l’actualité pour en faire des billets. D’après les conseils de quelques amis, cela n’est pas mauvais en soi mais cette méthode est classique. Il serait beaucoup mieux si je parle aussi de moi et des autres, de ma vie et de celle des autres, de mon travail… bref, du vécu, du quotidien de la population, donc de la communauté. J’ai trouvé que l’idée est bonne, étant donné que c’est un blog et non un site web, moins encore un journal ou un magazine. Donc finie la méthode classique.
La vie de la communauté, c’est ce que vous allez dorénavant lire sur ce blog. Ce n’est pas pour autant dire que je laisse de côté l’actualité. Non. Je vais juste varier le contenu de mon blog afin de, je l’espère bien, améliorer la « prestation » et MIEUX VOUS INFORMER. Permettez-moi, c’est pour VOUS, chers lecteurs et chères lectrices, que je fais cela. Bien que quelquefois Internet pose problème, je ferai de mon mieux pour vous satisfaire.
N’hésitez pas si vous avez d’autres remarques et suggestions. Vous pouvez juste laisser un commentaire sur le billet ou envoyer un mail sur contactblog01@gmail.com